Balade en France
Par Vincent François le dimanche 10 août 2008, 08:32 - General - Lien permanent
Cette année encore, j'ai eu le plaisir et le privilège de passer 3 semaines en France, en été. Ces vacances, ressemblant à celles des deux années précédentes sont pour moi l'occasion à la fois de retrouvailles et la mesure du temps et des évolutions.
Suggestion musicale : Le super pouvoir d'achat, de la Chanson du Dimanche
Retrouver les amis et la famille se déroule chaque fois dans les meilleurs conditions : repas, arrosés, sorties, lieux de vacances, mariage, tous terrains propices à des discussions tranquilles et pleines. J'ai même la chance d'avoir deux filleuls dont les parents ont le bon goût de choisir pour leurs vacances – et de m'y recevoir – la Bretagne et les Alpes, deux magnifiques régions que je découvre grâce à eux!
Non seulement, mes rencontres se passent dans ces bonnes conditions, mais en plus, je suis disponible pour en profiter pleinement. Je le vois comme un véritable privilège, dont j'use avec délectation. Mon emploi du temps est à la fois suffisamment souple pour accueillir des surprises ou des dérapages et clairement limité pour assurer que le moment présent doit être saisi maintenant ou « jamais ».
Revenir d'une année sur l'autre marque aussi le temps pour moi : que pensais-je l'an dernier à la même date? Où en sont mes amis dans leur propre évolution, leurs idées? Qu'ai-je accompli cette année que je puisse raconter? Quelle projet de l'année dernière ai-je abandonné ou reporté? Que vais-je retrouver?
L'information
L'année précédente, le choc de l'élection de Sarkozy m'avait un peu assommé. Pour quelqu'un d'informé, ce résultat était une vraie catastrophe. Un an après, la catastrophe continue, mais tout le monde peut en mesurer la bouffonnerie, si ce n'est le danger de fond. Ça n'est pas moins grave, mais ça donne à espérer.
En France, je suis toujours surpris d'être plus au courant que mes interlocuteurs sur de nombreux et différents sujets, même franco-français. Ma consommation d'information et la facilité qu'offre l'Internet pour les obtenir l'explique, mais je suis souvent étonné de ce décalage. Et pourtant, résident au Québec, je ne pense pas m'égarer dans les potins de l'écume médiatique...
En même temps, ne passant qu'un fois par an, j'ai, entre deux instantanés de l'époque, suffisamment de temps pour percevoir les évolutions de la pensée. Et je peux affirmer que, vu du petit bout de ma lorgnette, certaines des idées progressistes et écologistes percolent doucement. Même la droite commence à percevoir que le problème du capitalisme et de notre société occidentale est l'absence de limites : croissance infinie, ressources illimitées, gagner plus, marchandisation du monde, destruction des barrières...
Bien sûr, ça ne coïncide pas avec les résultats des dernières élections; bien sûr, ça ressemble plus à une simple prise de conscience qu'à une réelle remise en cause et il y a encore du chemin à faire. Mais d'une part, mes amis sont des gens bien, après tout, et d'autre part, il faut garder en tête que la politique actuelle a plutôt tendance à suivre qu'à ouvrir la route. Elle suit d'abord les lobbies, les idéologues de la « guerre de tous contre tous ». Elle suivra plus tard la sagesse et la volonté de durabilité de la population quand celle-ci aura intégré et fait siennes ces notions. Et puis, un petit peu d'optimisme ne peut nuire à personne...
Trains
La France, ce sont aussi des paysages diversifiés, du goût, une certaine harmonie et des trains pour relier tout ça. Cette année, six longs trajets dans onze trains différents, me permettent des temps d'arrêt, pour lire, écrire, dialoguer, travailler, rêvasser, dormir... D'accord, le site de réservation de la SNCF est limité et souvent en panne; bien sûr le téléphone, payant, ne mène nulle part; ok, avoir réservé et payé avec une VISA internationale peut vous placer dans la situation cocasse de devoir acheter à nouveau un billet quelques minutes avant le départ et vous faire dire qu'il ne reste plus de place (puisque vous en avez acheté justement une mais qu'on refuse de vous la donner...).
Malgré tout ça, et en incluant les toilettes de gare, les haut-parleurs crachotant comme dans les vacances de M. Hulot, les prix, il reste que le train est bien confortable. Le TGV va vite, trop vite même parfois comme aujourd'hui, m'empêchant de finir la rédaction de ce petit texte avant de me faire attraper par l'étape suivante...
Passé
Ma France, c'est aussi mon passé. Revenir en France, c'est aussi retrouver des fantômes d'avant. Passé la quarantaine, il devient possible et plaisant de sortir du quotidien et de rembobiner le fil jusqu'aux embranchements qui auraient pu m'aiguiller vers d'autres vies. À ces fourches, par choix délibéré parfois, par non-choix ou reports le plus souvent, j'ai suivi certains rails. Que sont devenues ces autres voies? Où menaient-elles? Existaient-elles vraiment? Aurais-je pu les prendre? Il suffit si simplement d'interroger les cheffes de gare ou les conductrices de train pour obtenir ces réponses et classer ces voies en alternatives, mirages ou regrets.
Quel plaisir d'oser parler, de partager ces questions, d'évoquer des moments où plus jeunes, la fébrilité, la gène, l'inexpérience pouvait nous – me – transformer en loques, en statue, en fuyard... L'apaisement que donne la « fermeture des dossiers » est non seulement source de joie mais en plus un nouveau sujet à partager et à discuter.
Cocorico
Une autre caractéristique que je retrouve chaque année en France, c'est l'assurance de sa population mâle. Une assurance toute bricolée d'ailleurs, plus souvent bâtie sur une concurrence permanente et une pratique de combat de coqs que sur un développement personnel et une affirmation saine de sa propre personne. J'en parle d'autant plus facilement que cela fait partie de mon propre bagage culturel d'immigrant dont j'ai appris peu à peu à me défaire (je n'ai d'ailleurs pas fini...).
C'est souvent amusant à observer, c'est parfois fatiguant et c'est carrément pathologique sur des sujets personnels ou collectifs qui aujourd'hui nécessiteraient plutôt des remises en cause et une ouverture d'esprit a priori. Bien sûr, cela n'empêche pas d'évoluer, mais le plus souvent, les changements ne laissent que peu de place aux remises en cause et ne font que remplacer des assurances par d'autres assurances, même si elles infirment les premières. La montée des préoccupations écologiques en est un beau terrain de démonstration.
Et le modèle se perpétue dès le plus jeune âge. Même si je n'ai que des filles et que l'Amérique du Nord est souvent caricaturée pour ses « enfants-rois », je constate que le petit Français – et sa soeur – font leur apprentissage à la dure. Ils ont toujours un rang à tenir, face aux frères, aux amis, aux parents, à la société. Ils reçoivent moins d'explication que de conclusions et doivent se débrouiller à se construire tout en répétant le modèle au plus vite sur le plus petit...
J'ignore ce qui serait la bonne méthode, même si je suis bien forcé au quotidien d'en inventer une avec mes propres enfants. En tout cas, il y a une notion bien française que je m'amuse souvent à débusquer : les enfants doivent être « tenus ». Et pas seulement pour passer les passerelles en bois!
Fin
Mais les bonnes choses ont toutes une fin – et leurs propres limites. Et si je rentre au bercail pleinement satisfait de mes rencontres, de mes surprises, de mes découvertes, il reste toujours quelques imperfections. D'abord des rencontres qui n'ont pas pu avoir lieu. Mais aussi des occasions manquées, des conversations qui n'ont pas su réellement s'enclencher, des moments passés sur des voies pourtant proches mais parallèles.
Foin de regrets, le bilan est largement positif, et les éventuelles améliorations à apporter seront de bonnes raisons de renouveler l'expérience. À moi maintenant de conserver ces liens tout au long des années à venir, prolonger ces instants, les compléter, les solidifier. Les moyens techniques de communication ne manquent pas, ainsi que les bonnes intentions!
Si j'ai eu le privilège de partager quelques unes de ces heures avec vous, j'en aurai encore plus de continuer ces discussions ici ou autrement.
À bientôt.
Commentaires
Salut Vincent,
très sympa ton carnet de route,
merci pour ces émotions,
en espérant qu'on arrivera à se voir l'année prochaine...
Salut Vincent,
Merci de ces réflexions, et de la philosophie qui s'en dégage, du passage d'un émigrant au pays, qui avec son oeil extérieur nous éclaire de ce que, trop proches du tableau, nous avons du mal à voir. Espérant pouvoir sur l'année qui vient construire la chance de partager un bout de chemin et quelques jours en commun avec vous lors de votre passage l'an prochain.
Bien amicalement
Merci Vincent, une nouvelle fois. A bientôt je l'espère
Bonne idée que de s'essayer sur ton Blog et ainsi de nous faire partager tes sentiments et tes idées vécus aux longs de ton séjour en France.
Faisant moi même ce voyage annuel que celui de revenir dans la patrie, il y a beaucoup points que je partage avec toi....
J'ajouterai que le temps a un désavantage et un avantage: celui de nous nous rappeler que la rencontre ne se reproduira pas avant l'an prochain et qu'ainsi, il faut d'aller droit au but! Ou rester tout ouie! Ce qui peut rendre le moment présent exceptionnel!.
A l'an prochain, acceptant le contrat des 365 jours!
C'est comme même, parfois un peu triste.
Mathilde, ta soeur.
Merci à toi Vincent pour ta disponibilité et ta présence toujours constructive. L'an prochain, tu pourras choisir entre la Bretagne et les Pyrénées (soleil assuré dans les dernières.)