Alors qu'adolescent j'apprenais l'allemand en France, toutes les références culturelles que nous offrait l'école tournaient autour d'une Allemagne honteuse et sinistre : les vexations contre les Juifs, l'après-guerre, le blocus de Berlin-Ouest, le pont aérien, Deutschland, bleiche Mutter (Allemagne, mère blafarde)... À se demander si les cinéastes savaient qu'il existait déjà des pellicules en couleur et si les auteurs étaient tous des dépressifs... Bref tout cela participait de la concurrence libre mais bien faussée que se livraient les deux blocs en terme d'image notamment.

La chute du mur n'a pas été pour tous la libération du camp perdant par le camp gagnant la guerre froide. Puisque c'est toujours le vainqueur qui écrit l'histoire (et le mesquin qui tente de la réécrire à son petit profit), nous avons oublié toutes celles et eux qui se sont battus à l'Est contre le régime répressif.

Souvenons-nous d'un des plus illustres de ces dissidents, Soljenitsyne, mort l'an passé, et de sa désillusion une fois installé en Amérique libre. Nous avons oublié qu'ils se battaient pour autre chose qu'obtenir des supermarchés et de la surconsommation. Et le jour où le mur est tombé, tout le travail de sape, dans des conditions difficiles, tous les rêves d'un monde plus juste, tous les espoirs qui avaient conduit le peuple à secouer le joug et à oser pousser le tronc pourri, ont été anéantis et remplacés par le sourire commercial de l'Ouest et son modèle économico-centré sans alternative.

Loin de moi l'idée de regretter un régime que je n'ai pas connu, ni de l'idéaliser ni même de tomber dans une certaine ostalgie, mais avec la réelle ouverture qu'a constitué cette chute a disparu l'idée qu'un autre monde était possible, idée tellement évidente et pourtant toujours à reconstruire.

La RDA a été autre chose pour beaucoup d'Allemands : tout d'abord un espoir et un modèle pour la reconstruction et la dénazification, puis l'espoir de voir fleurir un socialisme moderne avant de tourner au régime paranoïaque que l'excellent film « La vie des autres » (Das Leben des Anderen) illustre avec brio.

C'est ce que montre Maxim Leo, un auteur allemand avec une histoire de sa propre famille, Haltet Euer Herz Bereit (Tenez votre cœur prêt) sur quatre générations. Au cours d'une entrevue dans un français parfait, lui et d'autres membres de sa famille entremêlent l'histoire familiale et celle du pays. Avec intelligence, il soulève les oppositions entre le grand-père résistant en France et celui dont la vie commence réellement à s'épanouir en 1939, mais aussi entre le résistant communiste tellement anti-fasciste qu'il ne peut accepter l'idée que le régime est-allemand puisse aussi mal se comporter.

À écouter donc sur La-bas si j'y suis, « Tenez votre cœur prêt »