Ça fait beaucoup, toutes ces causes, tout ce poids sur nos frêles épaules, ces engrenages qui nous entraînent. Et pourtant, à la lueur d'un accident, d'une petite maladie ou tout simplement d'un pas de côté, ça semble tellement ténu, fragile, optionnel.

Besoin de vacances

« Besoin de vacances. » On le dit un peu bêtement dans un sens utilitariste, que ce soit pour soi ou pour les autres : prendre des vacances pour se ressourcer, se recharger, retrouver l'énergie, reprendre des forces. C'est un peu benêt : reprendre des forces pour aller les perdre dans un système qui vous les prend, souvent même pour que d'autres en profitent. En quelque sorte, des vacances qui servent juste à entretenir la force de travail...

« Besoin de vacances. » Et si c'était simplement un besoin encore plus mécanique qu'utilitaire, un besoin physique élémentaire comme respirer ou d'autres fonctions corporelles diverses. Comme le sommeil, ou plus encore comme le rêve.

Rêver, faire un pas de côté, traverser sa journée – ses journées – non plus comme le petit soldat du quotidien, le responsable fiable et organisé, mais comme un étranger, un touriste, ou plus encore comme un poète en mal d'inspiration. Ne plus voir une foule de banlieusards, mais des visages, des tranches de vie, des miroirs, des amitiés potentielles, des Passantes de Paul Fort chantées par Brassens.

Ne plus voir simplement des murs et même ne plus ignorer ces bâtiments qui constituent notre décor quotidien, mais en découvrir des éléments d'architecture, des choix urbains, des perspectives, des angles, des pleins, des espaces, une ville.

La vieille horloge

Pourtant, telle une gouvernante revêche persuadée qu'elle aura raison in fine, le temps nous gourmande dans ces moments-là. « Tu vas voir ce soir quand tu verras ce que tu n'as soit-disant pas eu le temps de faire ». « De toute manière, il te faudra la faire samedi, ou dimanche, ou la semaine prochaine, ou bien... » Menaces, la main tenant fermement ma nuque et m'écrasant le nez contre le beau calendrier qui montre l'occupation assurée des 5 semaines à venir...

Mais j'ai des alliés, la paresse, l'atonie, le manque d'énergie, qui comme une maladie légère m'empêchent de conserver mon attention, puis m'empêchent de continuer à travailler, puis même me recouchent dans mon lit, m'endorment et finalement font exploser le cadre de l'emploi du temps minuté et envoient promener l'horloge rabat-joie.

Là aussi, un premier pas de côté, puis un second, un troisième – ils se mesurent alors en quarts d'heure – et me voilà sur la planche savonneuse à la découverte de cette vacance et de ses cadeaux.

Car loin de faire l'éloge de la paresse, cette petite bafouille que j'écris un jour de ce genre, me fait voir et toucher du doigt nombre de petits éléments d'un autre monde possible, d'une autre vie possible, dont certains valent le coup d'être poursuivis et attrapés pour ma propre vie. Ce sont alors autant de cadeaux à portée de main.

Bref, il s'agit donc bien là de dépenses de temps dont le retour sur investissement assure la rentabilité à court terme avec un risque minime de baisse de trésorerie temporelle et... oups! me voilà revenu dans le quotidien.