Toronto (II)
Par Vincent François le vendredi 1 janvier 2010, 10:17 - Monde - Lien permanent
« Vivre en ce pays, c'est comme vivre aux États-Unis »
Ici, à Toronto, c'est l'excès pas fou du tout, c'est l'excès sérieux, ce que je trouve triste. Quand j'étais à LA, je me rendais compte que je retrouvais là-bas tout ce qui me déplaisait à Montréal, mais avec ce côté amusant, un peu fou. À Toronto c'est pareil, tout ce qui ne me plait pas à Montréal, je l'y retrouve ici. Mais rien de ce qui différenciait LA, comme la luxuriance de la végétation, le Pacifique, la chaleur quand tombe la neige de mars à Montréal.
Si vous avez manqué le début...
Les seuls points communs que je trouve avec Montréal, ce sont les enseignes des magasins et les marques des publicités, qu'on trouve aussi à LA... Je ne ressens donc pas plus de lien entre Montréal et Toronto qu'entre Montréal et LA.
Los Angeles fait rêver : remplie de références, la Californie, le soleil, les excès; Toronto pas du tout. Et sur place, effectivement, je ne vois pas de quoi rêver autour de moi. Ou alors, sans doute est-ce un rêve de fric et de business; le fric par le business. C'est même pas la folie des riches qui dépensent, qui étalent une certaine excentricité, qui peuvent rendre jaloux, qui assouvissent quelque délire ou rêve. Il y en a peut-être, mais je ne le vois pas dans le corridor qui s'étend pour moi de Harbour Castle au bord du lac à Eglinton où je donne mes cours.
Bay Street : évidemment, ce sont les banques, les buildings m'as-tu-vu, il est 9 heures du soir. J'ai fait la même balade à 11 heures à mon arrivée, il pleuviotait, on rencontre des gens allongés par terre, la tête sous un sac plastique, devant les façades de banque illuminées, regorgeant de décorations en prévision des fêtes de la Consommation du 25 décembre. Chaque décoration coûtant probablement plus que les besoins vitaux du clochard qu'il éclaire sur le trottoir.
Et tout est normal. Si encore les banques apportaient à la société un apport fonctionnel qui lui permettrait de se développer. Mais l'année passée nous en a prouvé le contraire : les banques sont des parasites de l'économie et ne peuvent vivre sans le sacrifice du reste de la société.
In Canada we trust
Devant une banque, Canada Trust, deux mots qui ne vont pas très bien ensemble de nos jours, demandez à un Afghan... Une belle affiche, sur un beau présentoir, avec des matériaux nobles : du bois, de la toile épaisse, très beau. Sur ce présentoir, un cadre. Et dans ce cadre, peut-être protégé par un verre – mais de toute manière il y a une solide vitrine devant, blindée, solide – une affiche.
L'affiche m'explique que « You could win a Sun and Sea Family Adventure to Orlando, Florida! ». Chouette, un concours. Je peux gagner des aventures au soleil et à la mer pour la famille à Orlando, Florida... Avec même un point d'exclamation. Et juste en-dessous « Help a child like Camryn », Camryn, écrit de manière enfantine pour renforcer le message, personnalisé, human interest, étant probablement le nom de la jeune fille arborant en dessous un beau sourire inspirant. Ce n'est donc plus tout à fait un concours mais c'est sans doute pour aider...
Alors, comment puis-je faire pour aider cette jeune fille? Rien de plus simple, il me suffit d'ouvrir un compte et de faire une donation mensuelle automatique pour le fonds pour l'hôpital pour enfants Toronto Dominium, en bref d'aider la banque. Il faut aider les banques : « Help us make a difference ». Plus bas, on a les logos des marques participantes...
Au final est-ce un concours? Une levée de fonds pour aider mon prochain? Un appel à aider une banque pour qu'elle soit capable d'aider mon prochain? Un sinistre mélange des genres? Je vous laisse juge. Mais s'il y a une relation dans cette affiche entre aider, jouer, banquer, je crains qu'elle ne serve qu'à masquer l'autre relation entre le casino de la financiarisation, les politiques menées dans le pays de la petite Camryn et les gains qu'en tirent les banques comme celle-ci...
En face de la banque, dehors, il y a un gars qui dort sur le trottoir. Un classique d'avant la crise qui devient un classique d'après la crise, malgré tous les discours sur la moralisation et la transformation du capitalisme...

