En écoutant mes émissions en retard de Là-bas si j'y suis – mais vous ai-je assez déjà parlé de cette émission quotidienne que je suis, sans faute, depuis 2000? – je stockais sagement du matériel pour écrire quelques petits billets sur les mères de mai en Argentine, les élites et la débâcle de 1940 ou l'enjeu des retraites.

Et ce soir, de retour tard sur mon vélo, j'écoute une émission sur Evgen Bavcar & Rembrandt. Evgen Bavcar est un photographe aveugle yougoslave, aveugle depuis l'âge de 12 ans et photographe depuis ses 16 ans. Puisque chacun voit avec sa subjectivité, jusqu'à quel point y a-t-il besoin des yeux pour voir ? C'est comme la radio, média visuel s'il en est, média qui à partir d'une simple description, fabrique autant d'images qu'il y a de cerveaux d'auditeurs à l'écoute. Ce qui me faisait plonger dans ce que j'écrivais le matin même sur la capacité à créer, et même à croire, ce que l'on décrit, même par jeu.

Alors écoutez Daniel Mermet, journaliste de radio par excellence, décrire à Evgen Bavcar un autoportrait de Rembrandt au Louvre. Et voyez l'image qui se construit peu à peu de ce dialogue. Ensuite vous irez constater que la subjectivité de l'image formée n'aura rien à envier à l'objectivité de la copie numérique du tableau.

Le tout encadré de magnifiques moments musicaux comme Les passantes de Paul Fort, chantées par Brassens, ou King Arthur de Purcell, autrefois rendu célèbre par Klaus Nomi.

Un magnifique moment de radio visuelle.